Partout en France, des villes et des communes disposent d’infrastructures cyclables : une piste cyclable le long d’un axe majeur, une voie verte en bord de rivière, ou un contresens cyclable dans un quartier résidentiel. Mais combien d’entre elles disposent de véritables réseaux cyclables, un système intuitif, complet et connecté permettant d’aller n’importe où à vélo ? Et que faut-il pour passer d’infrastructures à un réseau cyclable ?
La première Masterclass en français de Mobycon, organisée plus tôt ce mois-ci à Paris, a apporté notre réponse à cette question. En étroite collaboration avec notre partenaire Benoît Gadiollet du cabinet Urbanisme & Mobilités, et grâce à l’aide et au soutien généreux de nombreux intervenants, nous avons organisé deux journées complètes de réflexion, conception, d’enseignement et de résolution de problèmes concrets.

Cet atelier, que nous souhaitons désormais reconduire chaque année à Paris, a constitué une synthèse des méthodes de planification cyclable développées depuis quarante ans par Mobycon aux Pays-Bas, ainsi que des décennies d’expérience de Benoît en planification des mobilités, enrichie par les expériences concrètes quotidiennes partagées par nos intervenants.
La masterclass a débuté avec une session intitulée « Le vrai du faux de l’urbanisme cyclable », donnée par Anna Tailliez, consultante chez Mobycon. Un enseignement clé de sa présentation : le contexte « culturel » des infrastructures et des réseaux cyclables néerlandais ne doit être ni sous-estimé ni surestimé. La culture compte, mais elle évolue rapidement, surtout lorsque les concepteurs parviennent à dissocier les intérêts de la ville dans son ensemble de ceux des automobilistes.

Par la suite, Brett Petzer, également consultant chez Mobycon, nous a partagé l’importance de prendre l’expérience vécue et le point de vue du cycliste comme unique mesure de la qualité d’un itinéraire (la « perspective du guidon »). Il a attiré l’attention sur le problème des compromis excessifs dès les premières phases de conception, lorsque les concepteurs d’infrastructures cyclables cherchent à réaliser un produit minimum viable dans des contextes où l’urbanisme dépendant de la voiture est la norme depuis de nombreuses années.

Une conférence de Benoît a mis en évidence les compromis productifs et contre-productifs entre la nécessité de trajets directs à vélo et les intérêts des automobilistes. Ses autres interventions ont porté sur la communication et la promotion, ainsi que sur les moyens de défendre le vélo dans la perspective des prochaines élections municipales en France.
La masterclass a également été très interactive. Le premier jour, une séance détaillée de conception en groupe au cours de laquelle les participants ont repensé un carrefour complexe dans le 11e arrondissement a été menée par Anna. Le lendemain, le groupe a été guidé par Brett dans l’application de la méthode de conception The Good Street™, développée par Mobycon, à une large rue sous-utilisée située à proximité. Benoît a animé un jeu de rôle dynamique autour des discours pro- et anti-vélo, rappelant le nombre d’heures passées en réunion publique à présenter le vélo comme un sport, un loisir ou simplement une distraction, contrairement aux « véritables besoins quotidiens ».

Le programme a largement été enrichi par nos intervenants, qui nous ont partagé leurs observations concrètes du quotidien. Isabelle Lesens a par exemple évoqué son expérience en tant que conseillère dans le 15e arrondissement de Paris. Elle a commenté les réussites et les échecs des infrastructures cyclables sur son territoire et ailleurs, contribuant à créer une expérience cohérente, intuitive et logique pour les cyclistes, ce qui facilite en retour l’anticipation de leurs déplacements par les autres usagers de la route. Clémentine Gourdel et Vincent Sadot sont également intervenu pour nous parler d’une composante souvent négligée de « l’écosystème vélo » : la formation au vélo. Ils ont expliqué combien l’observation des personnes, notamment des enfants, lors de leurs premiers contacts avec la pratique du vélo leur avait appris, et comment la confiance acquise dans l’usage de la voirie façonnait plus largement leur expérience de la ville. Enfin, Elliot Attié et Simon Fessard ont présenté les défis et les réussites rencontrés dans la mise en œuvre de réseaux cyclables à Bourg-en-Bresse (plus de 40 000hab) et à Clermont-Ferrand (presque 150 000hab). Bien que certains défis étaient propres à chacune des échelles urbaines, nous avons pu remarquer que leurs travaux présentaient de nombreux points communs.
Alors que les grandes ambitions de la France en matière de vélo ont déjà permis la transformation profonde de certaines villes, mais qu’ils reste encore du chemin à parcourir pour beaucoup de communes et que les budgets sont menacés, cette masterclass nous a rendu espoir. Quels que soient les défis qui attendent le vélo en 2026, le temps passé à Paris nous rappelle qu’il existe de nombreuses personnes passionnées et engagées, disposant des compétences suffisantes et de l’énergie nécessaire à maintenir la dynamique du vélo au-delà des plus grandes villes.